»Akaji Maro – Danser avec l’invisible » de Aya Soejima

Titre VF : Akaji Maro – Danser avec l’invisible

Auteur : présentation et entretiens de Aya Soejima

Editions : Riveneuve Archimbaud, 2018

Genre : Essai, Interview

 » Toutes mes pièces sont basées sur le pressentiment d’une catastrophe. A chaque représentation, je danse tout en pensant que je pourrais mourir sur scène. Je vis dans ce sentiment de mort qui nous côtoie.  »

Résumé :

 » Akaji Maro, chorégraphe, s’intéresse au théâtre dès son adolescence. En 1964, il rencontre Jûrô Kara et participe à la création du Jôkyô Gekijô, compagnie phare du théâtre underground. Akaji Maro fait connaissance de Tatsumi Hijikata, l’un des fondateurs de butô. Il est hébergé chez lui, observe ses répétitions et y croise des grandes figures du monde culturel nippon : l’écrivain Yukio Mishima, le photographe Nobuyoshi Araki… En 1972, il fonde sa compagnie Dairakudakan dans laquelle danseront Ushio Amagatsu, Kô Murobushi et Carlotta Ikeda. En 1982, Maro et sa troupe font découvrir le butô aux États-Unis lors de l’American Dance Festival. Ils sont également invités au Festival d’Avignon In. Il reçoit régulièrement le prix de la Japan Dance Critics Association.

Son allure de yakuza et sa maîtrise du corps ont séduit de grands réalisateurs de films parmi lesquels Seijun Suzuki (Mélodie tzigane), Takeshi Kitano (L’été de Kikujirô), Shion Sono (Room), Quentin Tarantino (Kill Bill).  »

Chronique :

Le butô est une danse créée au Japon, en 1945, beaucoup diront en réaction aux traumatismes de Hiroshima et Nagasaki, mais cela tient plus de la légende. C’est une danse née d’une réaction à une société en pleine mutation. Le butô est un art aux confins du théâtre et de la danse, il s’affranchit des codes de représentations classiques et vient en réaction à ces derniers. Le spectateur doit accepter de ne pas avoir de connotations précises, d’histoire au sens classique du terme, mais doit se laisser porter par les mouvements et les sons. Le butô parle au corps plus qu’à la conscience, c’est une danse qui vous traverse et vous éveille par les sentiments qu’elle procure. Cela tiendrait presque d’une séance d’hypnose, tant il faut déconnecter du réel.

Danser avec l’invisible est une interview d’un des plus éminents représentants du butô, Akaji Maro qui popularisa cette forme artistique et la présenta en dehors du Japon. Il revient sur ses premiers pas en tant que danseur avec l’un des maîtres du butô, Tatsumi Hijikata, sur ses débuts avec sa compagnie, sa conception du butô, son travail de recherche et de création.

 » Quand on pense que chaque moment de la vie est un rituel, on s’aperçoit véritablement des particularités propres à chaque mouvement. De là, naît une concentration. J’ai voulu mettre en scène la concentration qu’on peut ressentir lors d’un rituel.  »

Il est fortement intéressant de lire les mots de Akaji Maro, un homme qui dégage une force et une humanité qui force le respect. La façon dont il se met au service de son art est le signe d’une force créatrice qui le dépasse. Il est obligé de danser pour survivre. L’art pour lui est vital.

Akaji Maro et sa troupe, Dairakudakan, créent leur spectacle avec à l’esprit un sentiment de catastrophe, la conscience de la fin du monde. Ils utilisent les gestes du quotidien, les déconstruisent, les ralentissent ou les accélèrent. En les sortant de leur contexte, le mouvement connu devient art, puisque matière à une autre forme. Ses danseurs et lui, veulent faire prendre conscience aux spectateurs que l’homme est un serviteur de la nature, que celle-ci reprendra toujours ses droits. Nous ne sommes que des passeurs et nous devons remercier la vie pour le cadeau qu’elle nous donne. Un beau message humaniste et écologique à méditer en ces temps difficiles…

Ce livre est une mine d’informations pour ceux qui voudraient découvrir cette forme artistique et un beau portrait de vie. Akaji Maro n’a pas eu la vie facile, ni un chemin tout tracé mais avec de la persévérance et du travail, il nous prouve que l’on peut faire ce qu’on aime…

Je remercie Babelio et l’opération Masse Critique pour l’envoi de ce livre.

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4 réflexions sur “ »Akaji Maro – Danser avec l’invisible » de Aya Soejima

  1. Le titre est sublime, tout comme les photos présentées. On ressent l’invisible, l’anonymat. Pour parler de drames, c’est parfois l’option la plus juste.

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