»Histoire d’O » de Pauline Réage

Titre VF : Histoire d’O suivi de Retour à Roissy

Auteur : Pauline Réage

Editions Le livre de poche, 2012 ( Editions Jean-Jacques Pauvert, 1954 )

Genre : Romance érotique

Prix des Deux Magots 1955.

 » Elle parlait il est vrai dans les supplices, mais peut-on appeler paroles ce qui n’est que plaintes et cris ?  »

Résumé :

 » Enfin une femme qui avoue !

Qui avoue quoi ?

Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté… Jean Paulhan.  »

Avis :

Histoire d’O est peut-être l’un des plus célèbres roman érotique, mais avant de connaître le succès, revenons sur sa genèse. Il est à l’origine un petit paquet de feuillets sur lequel l’auteur écrivit une histoire fictive à partir de ses fantasmes, ce que son amant ne l’a croyait pas capable.

A sa publication, sous le pseudonyme de Pauline Réage, c’est tout le monde littéraire qui fut secoué. Tout le monde cherchait à découvrir la véritable identité de l’auteur. On soupçonna même André Malraux ou Raymond Queneau et ce ne fut que quarante ans plus tard, en 1994, qu’une certaine Dominique Aury avoua en être l’auteur. Elle explique que ce texte fut écrit pour son amant, Jean Paulhan, qui, marié, entretenait avec elle une relation. C’est d’ailleurs, expose Dominique Aury, pour vivre la passion jusqu’au bout, sans barrières, ni retenue, qu’elle écrivit ce texte avec une telle force.

 » La réalité n’y a pas sa place. Personne ne pourrait supporter d’être traitée ainsi. C’est entièrement fantasmatique.  », dit-elle dans une interview. Je pense, également, qu’il faut voir ce texte comme une histoire, peut-être même comme un conte initiatique. C’est l’histoire du don de soi, jusqu’au point de non retour, à la fois de la plus douce et de la plus violente des façons, car forcée au départ, le personnage fini par chercher cet esclavage et cette soumission. C’est un texte au frontière du réel, un fantasme écrit. A lire avec un recul nécessaire, ou à s’y abandonner en risquant une très violente empathie. Les scènes sont d’une effroyable violence, rendu encore plus crue, car c’est la norme dans le milieu où O est propulsée.

Les mots de l’auteur ne sont pas particulièrement violents ou vulgaires, et c’est ce qui donne cette sensation d’extrême violence, selon moi. De plus, le contexte d’écriture, nous étant révélé dans la dernière partie du livre, jette un certain réalisme au milieu de ces mots, qui porte le texte dans un entre deux dérangeant et fascinant.

Le personnage de O est une énigme à part entière au sein de l’œuvre : on ne connaîtra de l’identité du protagoniste que cette lettre, O. Plusieurs significations peuvent être apportées, comme le diminutif d’un prénom, dont l’auteur n’aurait pas voulu révéler la véritable origine. Mais O peut tout aussi bien signifier la féminité et la jouissance infinie de la femme, car dans la prononciation de la lettre O se situe également le mot  »eau ». O serait-elle l’image de toutes les femmes réunies dans une seule et même entité… ?

Il est difficile de se faire un avis sur ce texte, car c’est un condensé de fantasmes, qui par définition sont évanescents ; mais ce qui est intéressant en lisant ce livre est de se replacer dans le contexte d’édition. En effet, à l’heure où les romances érotiques ont le vent en poupe, ce n’était certainement pas le cas dans les années 50 !

En bref, un texte sans fard, qui conjugue violence et plaisir jusqu’au plus degré, au point de donner la nausée.

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16 réflexions sur “ »Histoire d’O » de Pauline Réage

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  2. Je l’ai lu et j’ai été fascinée, un peu répugnée, avec un sentiment inavouable de comprendre aussi… Je l’ai lu jusqu’au bout bien que plusieurs scènes soient juste indescriptibles au niveau de la violence tu as raison, et je pense que c’est le fait de la plume super froide, super clinique. En comparaison les nouvelles d’Anaïs Nin sont beaucoup plus douces.

    • Beaucoup de sentiments se mêlent à la lecture, des sensations contradictoires nous traversent. Je viens d’aller me renseigner sur Anaïs Nin, et je dois dire que je suis fascinée par ses femmes qui osent écrire sur le sexe de cette façon là, qu’on aime ou non leurs écrits.

    • Je n’ai pas trouvé de réponse.
      Il est très difficile à lire, certaines scènes sont d’une terrible violence, de plus c’est un texte de fantasme, donc irréel, particulièrement difficile à démêler le vrai du faux, le réel. Le lecteur se sent voyeur, malsain, fasciné, passe par une palette d’émotion divers.

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