»Faillir être flingué » de Céline Minard

Titre VF : Faillir être flingué

Auteure : Céline Minard

 

Editions Rivages, 2013.

 

Genre : Littérature contemporaine

 

Prix du style 2013.

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 »Elle avait fait cette déclaration avec tant d’aplomb que la menace évoquait la malédiction des pharaons sur les pilleurs de tombes ou les charmes indiens qu’on entendait maugréer dans la plaine par les nuits sans lune […]  »

 

 

Résumé :

 

 »Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, Faillir être flingué est d’abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l’imaginaire.

 

Un souffle parcourt l’espace inhospitalier des prairies vierges du Far-West, aux abords d’une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C’est celui d’Eau-qui-court-sur-la plaine, une jeune Indienne dont tout le clan a été décimé, et qui, depuis, déploie ses talents de guérisseuse aussi bien au bénéfice des Blancs que des Indiens.

 

Elle rencontrera les frères Brad et Jeff traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un chariot brinquebalant tiré par deux boeufs opiniâtres ; Gifford qui manque de mourir de la variole et qu’elle sauve in extremis ; Elie poursuivi par Bird Boisverd dont il a dérobé la monture, Arcadia, la musicienne itinérante, qui s’est fait voler son archet par la bande de Quibble. Et tant d’autres personnages, dont les destins singuliers, tels les fils entretissés d’une même pelote multicolore, composent une fresque sauvage où le mythe de l’Ouest américain, revisité avec audace et brio, s’offre comme un espace de partage encore poreux, ouvert à tous les trafics, à tous les transits, à toutes les itinérances. »

 

 

Mon avis :

 

Autre livre en compétition pour le Roman des Etudiants 2014, Faillir être flingué a sa place ici, par une narration toute singulière en nous emmenant sur les plaines du Far-West, dans la poussière laissée par les chevaux et les diligences.

 

En reprenant les ficelles du western classique en littérature, qui magnifie les paysages et expose un territoire où les personnages trouverons une nouvelle vie, dans une guerre de conquêtes d’un nouveau monde, Céline Minard pose les bases d’un roman fort bien écrit et développé avec beaucoup d’adresse. Mais sous des dehors de western classique, l’auteure reprend le genre mais en l’inscrivant dans la lignée de la  »nouvelle histoire de l’Ouest » où le pendant des thèmes classiques tels que la conquête d’un territoire, et le partage de cette terre par le sang, ce fait ici d’une façon plus pacifique et inaugure les progrès technique et la création d’une ville.

 

 

 »C’est cette idée de partage, au coeur du western, qui m’intéressait. Comment on partage la terre, les ressources, les biens, les femmes, les bijoux… Et comment ce partage, quand il est toujours en train d’avoir lieu, constitue le territoire. »

 

L’histoire est un hymne au western, et le partage est bien ce qui règne dans ce récit, comme le stipule l’auteure, et c’est par ses personnages que Céline Minard explore cette notion. Ils sont deux frères accompagnant leur mère au seuil de la mort, une indienne guidant les naufragés du désert dans leur quette, ou tenancière de l’unique saloon de la ville, chacun à une vision, un point du vue à apporter. Le partage, oui, est bien ce qui les relie, chacun partage les plaines et chacun se découvre fort de ce qu’il trouve.

 

Une véritable odyssée est écrite pour ses personnages qui vagabondent dans les plaines de l’ouest américain, c’est un récit initiatique pour chacun d’eux ; ils vont y trouver plus qu’ils n’étaient venu chercher. C’est par une sorte de mort au monde, un écart à la société que ses personnages vont revenir à la vie, après l’errance et revenir plus fort, plus vivant. Chacun à un passé à expier, et doit l’accepter pour pouvoir vivre.

 

On est ici loin du western classique où le but ultime est la conquête de terres dans le sang. Le sang est bien présent, mais les personnages ne l’utilise que lorsqu’ils se sentent en danger, d’où le sens du titre, Faillir être flingué : chacun d’eux passe près de la mort, la balle siffle à leurs oreilles, troue le chapeau mais pas l’âme, c’est la vie de cow-boy. Un caractère plus pacifique est restitué dans le récit : un western sans flingues n’existe pas, mais un western où les personnages ne sont pas de simples hommes en armes parcourant les plaines, ayant un but. Les progrès techniques et l’aboutissement à la création d’une ville est présent dans l’intrigue : la vie au grand air, les hommes ont un but final, celui d’être heureux avec les gens qu’ils aiment. Près à les défendre si on les attaque, mais pas sans raison. Les valeurs classique du western sont présentes, et cela donne au lecteur l’envie de chevaucher avec eux, de goûter un peu l’odeur des herbes folles et de la chaleur écrasante d’une après-midi.

 

 

Les style de l’auteure est, tel un western où peut de paroles sont échangées, l’importance est au visuel. L’écriture de Céline Minard est on ne peut plus cinématographique, très visuelle et descriptive. L’importance est dans le détail, le plus petit détail est rendu avec une précision telle que le décors se déploie sous nos yeux mieux qu’une image.

 

 »Je me glisse dans tous mes personnages, oui, et même dans les chevaux, et même dans les herbes de la prairie. »

 

C’est sûrement le secret de Céline Minard, cette intimité avec les personnages, le lecteur sent une vraie attache, une véritable bienveillance, même pour les personnages les plus sombres. Tout est justifiable, chacune de leur action est compréhensible selon le point de vu dans lequel on se place, et c’est cela qui donne une œuvre complète, cette multitude de point de vue : chacun à une raison de vivre comme il le fait, les coutumes, l’éducation, tout est questionné et une leçon de vie peut en être tirée…

 

 

En conclusion, un roman western qui revisite avec délices les codes du genre et qui montre qu’une femme peut aussi bien qu’un homme, écrire sur le Far-West…

 

 

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8 réflexions sur “ »Faillir être flingué » de Céline Minard

  1. Tu m’intrigues, ma poupette, je le note ! C’est un genre que je ne lis pas souvent, mais qui me plait assez 🙂 Merci pour la découverte ❤

    • Je n’avais jamais lu ce genre auparavant, mais j’ai vraiment adorée ! Bon il faut rentrer dedans, et les 150 premières pages sont très descriptives et explorent cette notion de solitude, mais c’est vraiment raconté d’une façon brillante ! J’espère qu’il te plaira =)

    • Moi non plu, sans le Prix pour le roman des étudiants jamais je ne me serai tournée vers ce livre et j’ai vraiment été agréablement surprise, parce que j’ai vraiment beaucoup appréciée, ça m’a vraiment changée et j’ai aimée ça ! =)

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