»Un été avec Louise » de Laura Moriarty

Titre VO : The Chaperone

Auteur : Laura Moriarty

Traduit de l’anglais américain par Christine Barbaste.

Edition Le grand livre du mois, 2013 ( mais aussi Edition Fleuve Noir )

Genre : Littérature contemporaine

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 » Son expression, son sourire renvoyaient l’image d’une joie simple et naïve, sans rien laisser transparaître de cette volonté inflexible ou de ce cynisme que Cora avait découverts en elle. C’était tellement déconcertant, cette capacité qu’elle avait de pouvoir paraître, à la demande et avec une facilité confondante, plus jeune ou plus vieille qu’elle ne l’était.  » ( p. 254 )

Résumé :

 » Août 1922. Louise Brooks à 15 ans.

Cette future icône du cinéma muet intègre la prestigieuse école de danse de Dinshaw et touche du doigt son rêve : quitter sa ville étriquée du Kansas pour la flamboyante New York. Seule ombre au tableau, ses parents lui imposent une chaperonne, Cora Carlisle. Une femmes aux antipodes de la jeune Louise, avec des valeurs, le souci des convenances, mais aussi de lourds secrets… Car si Cora se porte volontaire pour accompagner la jeune fille, c’est avant tout pour pouvoir partir sur les traces de son propre passé obscur. Elle n’imaginait pas que préserver la vertu de sa protégée s’avérerait aussi difficile. Louise, avec son air mutin, son petit carré noir soyeux à la frange bien dessinée, attire les regards, elle a soif de liberté et entend bien profiter de cette ville enchanteresse qui foisonne de théâtres, résonne d’un jazz enivrant et fourmille d’hommes. Ces cinq semaines passées ensemble vont changer le cours de leur vie à jamais…  »

Mon avis :

L’intrigue se passe à l’été 1922, et va s’attacher à travers ses deux personnages principaux féminins, à retracer l’histoire de l’émancipation de la femme. L’auteure ne s’attarde pas à placer ces personnages dans des clubs clandestins, mais comment est perçut cette prohibition et ce courant de liberté au sein du mouvement populaire.

Le contexte historique est exprimé par des faits marquants notamment au niveau des femmes, le port du corset qui donne des situations comique dans le tragique d’une circonstance où le corps d’une femme devait être conforme à ce que l’homme voulait. Peut-être ce point n’a t-il pas si changé que cela finalement ? Un vent de liberté et de provocation dans l’émancipation de la femme, en cet été 1922, se faisait sentir, les coiffures à la garçonne ou le fait que l’ourlet des robes étaient rehaussés de vingt centimètres, ce qui ne plaisait pas à toutes.

 » Je peux vous assurer que si mes filles se coupent les cheveux, ce ne sera pour pouvoir jeter leurs épingles à chignon. Mais par provocation. Pour avoir l’air provocant. C’est ça la mode, aujourd’hui. Et c’est tout ce qui intéresse les jeunes filles. […] Je leur ai inculqué la décence et, tout d’un coup, l’une comme l’autre, elles n’ont plus qu’une idée en tête : exhiber leurs genoux et les montrer au monde entier. […] Ce que ne comprends pas, c’est pourquoi elles font cela. Qu’est-ce qui se passe, dans leur petite tête ? Pourquoi ce moquent-elles du message qu’elles renvoient ? Quand j’étais jeune, jamais je n’ai ressenti le besoin d’exhiber mes genoux devant le tout-venant.  » ( p. 14 )

Les deux personnages principaux c’est deux courants de pensées qui doivent cohabiter. Louise est jeune et sa fougue, sa liberté et son absence d’envie de respecter les convenances, la rendent provocante juste ce qu’il faut, pour la faire pencher du côté femme-enfant. Son regard grave et ses manières de petites fille qu’elle prend parfois, sont déconcertantes pour son entourage.

Cora, elle, est beaucoup plus collet-monté, respectueuse des règles, elle ne comprends pas Louise. Mais c’est au contact de cette dernière qu’elle va changer et ses préjugés seront moins présents. En effet, c’est une femme qui se pose beaucoup de questions sur son temps, elle se demande si finalement l’avancée des mentalités n’est pas une meilleure chose, que de rester dans le passé.

Malheureusement, des deux personnages c’est Cora, que le lecteur va suivre durant la presque totalité du roman. C’est à travers elle que nous est présenté Louise, et le lecteur regrette que Louise n’est pas sa part, car on ne connaît pas ses pensées. C’est un personnage vraiment mystérieux, et on a du mal à la comprendre. Peut-être est-ce justement une méthode de l’auteure pour nous montrer Louise Brooks comme un symbole de cette émancipation féminine, moins qu’un véritable personnage à part entière.

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Mais en dehors de cette provocation, c’est également des sujets tels que les orphelinats et l’adoption qui sont développés dans ce roman. En effet, il s’articule entre le passé, qui est composé des souvenirs de Cora, retraçant sa vie, et le présent à New-York, à l’été 1922. C’est la vision d’une femme, qui n’a pas encore toutes les réponses à ses questions d’enfant. C’est la pression de la religion qui pèse sur la population plus qu’on ne se l’imagine. C’est la vie qui est plus basée sur la réputation que sur le fait de vivre réellement les choses.

Malgré tout, certaines anecdotes ne servent pas l’intrigue en insérant des personnages historiques célèbres tels que Joséphine Baker. Cela donne l’impression que l’auteure s’éparpille devant ses recherches historiques, et veut en faire trop pour prouver que son histoire est crédible. C’est dommage car l’intrigue est très vraisemblable, avec les sujets exploités sus-mentionnés.

Cet été 1922, c’est le destin de deux femmes qui détermine le reste de leur vie. La fin du roman montre les années suivantes, et certaines paroles ou action dites par les deux femmes auparavant, se répercutent, nous prouvent qu’elles ont changés, ou non, que leur caractère à été éprouvé et ébranlé par la vie. En effet, qui peut prédire de quoi demain sera fait ? Une seule certitude :  » Cette vie est la mienne parce que j’ai eu de la chance. Et parce que j’ai su saisir cette chance.  » ( p. 327 )

Le style de l’auteure est assez simple, mais j’ai remarquée qu’elle s’attardait a employer un style qui convient parfaitement avec l’époque qu’elle conte. On arrive à se mettre dans la peau de Cora, puisque c’est elle que nous suivons, par un point de vu interne à la troisième personne. Le lecteur voit avec ses yeux et ses arguments, et avec le style de Laura Moriarty, nous arrivons à la comprendre même si elle peut parfois avec des préjugés, nous nous immersions dans le New-York de 1922.

En conclusion un livre intéressant du côté historique, l’intrigue développe l’émancipation de la femme dans les années 20. Malheureusement, Louise Brooks n’est pas le sujet centrale.

  • Points positifs : Le contexte historique présenté de façon originale, les sujets abordés sont intéressants et le style se veut respectueux du contexte

  • Points négatifs : L’intrigue ne se concentre pas assez sur Louise, certaines anecdotes ne servent pas l’intrigue

L’auteure :

Laura Moriarty est diplômée en sciences-sociales. En 2000, elle reçoit une bourse de l’académie Phillips Exeter avant de publier son premier roman,  »L’Egale des autres ».

Source : Le grand livre du mois

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6 réflexions sur “ »Un été avec Louise » de Laura Moriarty

  1. Je le lirais avec plaisir (et une bonne dose de curiosité, j’avoue 🙂 ), malgré les quelques petits points négatifs que tu cites 😉 Peut-être cet été, tiens ? Bisous ma toute belle ❤

    • Il est parfait pour cet été =) C’est une lecture très intéressante, j’ai adorée me plonger dans cet été 1922, avec Louise et Cora et découvrir la condition de femmes et leur rêves d’émancipation, car la cause féminine me tient beaucoup à coeur. Et puis Louise Brooks me fascine ! Bisous à toi ma poulette ❤

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