»Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra :

Auteur : Yasmina Khadra

Editions Roman Julliard, 2008.

Genre : Contemporain, historique.

Prix France Télévisions, 2008.

Élu meilleur livre de l’année 2008.

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 » Elle n’était pas de chair et de sang ; elle était une éclaboussure de soleil.  » ( p. 218 )

Résumé :

 »Mon oncle me disait : « Si une femme t’aimait, et si tu avais la présence d’esprit de mesurer l’étendue de ce privilège, aucune divinité ne t’arriverait à la cheville. »

Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Emilie. J’avais peur pour elle. J’avais besoin d’elle. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l’ensemble des anathèmes et les misères du monde entier.  »

Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l’Algérie coloniale ( entre 1936 et 1962 ) et éclaire d’un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu’on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d’un même pays.

Mon avis :

Avec un retard IMMENSE voici mon avis :

J’ai achetée ce livre sur un coup de tête, lorsque j’étais à la caisse d’une librairie. J’ai beaucoup aimée le fait que ce livre soit déjà adapté il y a peu en film, comme cela je vais pouvoir faire un comparatif des deux.

L’intrigue mêle habilement politique et amour, et offre un nouveau jour sur un contexte historique que parfois nous avons du mal à comprendre.

Une véritable ode à l’amour et à la femme y est faite :  » Le coucher du soleil, le printemps, le bleu de la mer, les étoiles de la nuit, toutes ces choses que nous disons captivantes n’ont de magie que lorsqu’elles gravitent autour d’une femme, mon garçon… Car la Beauté, la vraie, l’unique, la beauté phare, la beauté absolue, c’est la femme. Le reste, tout le reste n’est qu’accessoires de charme.  » ( p. 267 ) J’aime ce qui y est exprimé sur la femme. Celle-ci est un véritable poids, un pilier qui est vital pour la vie. Ce qui est assez innovant pour le contexte historique, puisque l’histoire se passe entre 1936 et 1962, où la femme n’était pas digne de voix. Mais Yasmina Khadra offre une intrigue tournée vers la femme, tournée vers l’ode à celle-ci anti-misogynie puisqu’il met la femme en avant, en lui donnant la première place dans le cœur des hommes. Si bien que ceux-ci, fondent leur projet sur elle, détermine leur personnalité par rapport à elle, et c’est elle qui leur infligent leurs plus grandes peines. Les sentiments sont évoqués tantôt de façon douce, tantôt passionné, comme la vie l’est, de façon très réaliste et très juste, sans jamais tomber dans le pathos ou dans la naïveté.

Ce que je déplore c’est que pendant une bonne partie du livre le contexte historico-politique est laissé trop longtemps de côté, au profit de la vie amoureuse du personnage principal. Cela nous coupe dans le récit, surtout que par la suite, le contexte prend trop le pas sur le reste. Malgré tout, les points de politique sont expliqués et abordables par le personnage de l’oncle de Younes, Mahi, qui est un fervent défenseur de l’Algérie Française, puisque cela fonctionnait auparavant. Il est agréable de voir les deux parties dans la bataille, et de voir évoluer des jeunes qui entament tout juste leur vie et commencent à comprendre les difficultés et les nombreuses nuances de la politique et de la vie d’adulte. Ainsi, les lecteurs plus jeunes, tel que moi, pouvons nous mettre à la place des personnages, et ainsi prendre conscience d’une partie historique de notre Histoire.

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A travers le personnage principal, Yasmina Khadra nous démontre les responsabilités qui sous entendent le fait d’être un homme : comme subvenir aux besoins de sa famille, les protéger tout en conservant son honneur. C’est également, à travers lui, l’histoire d’un pays : en effet, Younes est Algérien, qui vit comme un européen, en lui, c’est toute les contradictions d’un pays qui s’exprime, puisque au fil des pages, son prénom se transforme en Jonas, comme un véritable Européen.

 » Il me méprise. Pour lui, j’ai vendu mon âme au diable. J’ai renié les miens, épousé une mécréante, bradé mes terres pour une maison de la ville, troqué ma gandoura contre un costume européen et même si j’ai un fez sur la tête, il me reproche d’avoir jeté mon turban aux orties.  » ( p. 84 ) dira l’oncle de Younes, en parlant du père de ce dernier. C’est à travers eux la métaphore de tout un pays : entre ceux qui respectent les rites et coutumes et ceux qui vivent comme des Européen.

Chez Younes, nous retrouver également les tumultes de l’amour :  »Ses yeux m’enveloppèrent, m’escamotèrent en un tour de passe passe. Je me diluais dans son regard. Son souffle voleta autour de mon halètement, l’aspira : nos visages fusionnaient déjà. Lorsque ses lèvres effleurèrent les miennes, je crus partir en mille morceaux, c’était comme si elle m’effaçait pour me réinventer du bout de ses doigts. » ( p. 175 ) Le moment du baiser est très fort, il à 17 ans à ce moment là, peut-être est-ce le premier véritable baiser du personnage. Ce moment est relaté de façon très doux, tellement détaillé que nous nous représentons les personnages comme si nous les voyions. Il s’y trouve également une personnification de l’être par l’eau pour décrire le baiser.

Les personnages secondaires, les amis de Younes, sont les représentants de toutes les classes sociales et de tous les parties politiques, ainsi, le lecteur se fait une vue d’ensemble. Ce qui est également agréable, est que certains de ses amis, sont des jeunes femmes, ainsi la politique n’est pas uniquement une affaire d’hommes, et c’est un point de vue résolument moderne.

L’oncle de Younes, ainsi que son père, sont des personnages secondaires lui apportant une aide considérable. C’est par eux, qu’il va se construire et trouver sa personnalité autant humaine que politique. A travers eux, nous comprenons que Younes est tiraillé par deux mondes ; celui de ses origines et celui dans lequel il évolue. Ces deux personnages incarnent les idées anciennes, et influencent donc les nouvelles en les modulant. Ils sont la métaphore de la vie, qui prend ses racines et évolue au cours du temps.

Le style de l’auteur est particulièrement habile, je trouve. Yasmina Khadra nous décrit un homme, comme moi, en tout cas, je les vois : des êtres forts, qui parfois répugnent à montrer leur sensibilité, mais qui n’en sont pas dénués pour autant, bien heureusement. Des hommes, plus humains que viriles et sans sentiments. Il fait passer par les mots d’une façon très poétique, l’amour contrarié et les exigences de la vie.

En conclusion, un roman bouleversant sur la quette d’identité au milieu d’un pays en proie à une ambiguïté d’indépendance.

  • Points positifs : Une écriture qui mêle habilement politique et amour, un nouveau jour sur un contexte historique que parfois nous avons du mal à comprendre

  • Point négatif : Un contexte historique peut-être laissé trop longtemps de côté au profit de la vie amoureuse du personnage principal

Yasmina Khadra

Le film de Alexandre Arcady, sortie en septembre 2012 : « Adapter 450 pages d’une telle œuvre, c’est pas simple… Si mon désir a toujours été d’être absolument respectueux des intentions de Yasmina, il nous fallait trouver des fulgurances cinématographiques et donc sacrifier un certain nombre d’éléments romanesques du livre », dira Alexandre Arcady.

Malgré tout, Yasmina Khadra évoque une adaptation très réussi : « Quand Alexandre m’a invité à une projection restreinte (…) j’avoue que j’étais loin de m’attendre à un tel résultat. A la fin, j’étais en larmes. Complètement conquis. »

Selon Alexandre Arcady, il est innovant de parler de cette Algérie des années 50 avec des personnages d’une vingtaine d’années et qui vit dans ce pays avec une certaine légèreté et une insouciance, c’est ce qui selon lui, et d’après moi, fît le succès du livre et donc par conséquent du film.

Malgré tout, les critiques des magazines ne sont pas unanimes, voir franchement mauvaises. Personnellement, j’ai trouvée le film très bien adapté par rapport au livre. Les personnages sont très bien retranscrit, et fidèles à l’image que je m’étais faite d’eux. Les acteurs donnent une part d’innocence à leur personnage, tantôt totalement naïf par rapport aux événements politiques d’Algérie, tantôt absolument têtu par rapport à leurs idées.

L’acteur qui incarne Younes, Fu’ad Ait Aattou, jeune mannequin franco-marocain et acteur, donne une fraîcheur et un ai perdu au personnage que j’avais perçue dans le livre.

Les décors sont évidemment sublimes, tournée en Tunisie, ils nous donnent un aperçu d’un pays d’une force et d’un orgueil que l’on oublie parfois, tiraillée entre deux souffle, celui d’être indépendant ou bien celui d’être encore rattachée à la France.

L’auteur :

C’est en 2001, que l’auteur révèle son identité d’homme, derrière le pseudonyme de Yasmina Khadra qui sont les noms de ses deux femmes, se cache Mohamed Moulessehoul.

Salué dans le monde entier comme un écrivain majeur, Yasmina Khadra est l’auteur, entre autres, de  »A quoi rêvent les loups »,  »Les Hirondelles de Kaboul »,  »L’attentat » et  »Les Sirènes de Bagdad ».

Source : Yasmina Khadra le site officiel.

COUP DE COEUR

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9 réflexions sur “ »Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra :

  1. Je le note 🙂 Merci pour la découverte, je ne connaissais pas du tout ce titre (ni le livre, ni le film) mais j’espère avoir l’occasion de le lire. Je vais aller voir s’il est dispo à la médiathèque 🙂

    • Oh je suis contente de t’avoir convaincue =) Le livre est très beau, parlant d’amour et de politique, seul le découpage du livre m’a perturbée, sinon l’intrigue est superbe. Le film reprend bien le livre, avec quelques petits détails en trop ou oubliés, mais c’est normal. Il est tournée en décors naturels et c’est un plus. Les acteurs sont très bons et donnent un plus au film.

    • Je suis déjà contente que tu émette un doute sur le fait que tu pourrai le lire, ça veut dire que mon avis donne envie =) En tout cas, c’est un joli roman, historique mais pas que, c’est également une grande histoire d’amour très réaliste !

  2. Je suis contente que tu aies aimé ce roman ! Je l’avais adoré également. J’adore Yasmina Khadra. Je trouve ton analyse très juste particulièrement pour l’alternance entre vie privée et contexte politique. C’est drôle c’est en voyant le film que je me suis rendue compte que par moment l’intrigue amoureuse prenait trop de place 🙂
    Quoiqu’il en soit, ce qui m’a vraiment intéressé dans ce livre , c’est cette éternelle quête d’identité : il est algérien mais a grandi comme un pied noir, qui sont ses amis par ailleurs. Comment trouver sa place, où se situer ? C’est toutes ces problématiques la que j’ai trouve très réussis . Si tu aimes l’auteur, je ne peux que te conseiller la série en trois tommes mais qui ne se suivent pas : l’attentat, les hirondelles de Kaboul et les sirènes de Bagdad
    PS : je suis Sarah du salon-litteraire mais connectée avec un ancien compte ^^

    • C’est la première fois que je lisais cet auteur, et j’ai beaucoup aimée son écriture ! Merci beaucoup, cela me fait très plaisir, car ce n’est que mon avis et être lu par des gens est très agréable. Cela dépend des gens, toi c’est en regardant le film que tu a vu que l’aspect amoureux prend parfois le pas sur l’intrigue de fond, et peut être que d’autres ne le verront pas.
      En effet, l’intrigue sur la quette d’identité est très intéressante, le destin de Younes est hors du commun mais à la fois peut être banal, il se peut qu’il est pas mal de gens qui ont vécus comme lui dans ces années là. Mais Yasmina Khadra à su rendre son histoire authentique et le lecteur se pose alors des questions sur l’identité et sur l’époque.
      Je serai ravie de lire d’autres livres de l’auteur ! Par lequel des trois faut-il commencer ?

  3. c un trésor ça le livre raconte la situation et la misére algérienne pendant le colonialisme français en algerie ..avec un talent d’amour

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