»Le prince d’été » de Alaya Down Johnson

 

Titre VO : The Summer Prince

Auteur : Alaya Dawn Johnson

Traduit de l’anglais américain par Paola Appelius.

Edition Robert Laffont, collection R, 2013.

Genre : Young Adult, dystopie

 

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 » Lorsque le monde est détruit, quelqu’un doit le recréer. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’Art.  » ( p. 36 )

Résumé :

 » Sur la côte de ce que l’on appelait jadis le Brésil, ce sont les femmes qui dirigent la légendaire ville-pyramide de Palamares Três. La Reine ne cède le pouvoir à un homme qu’une fois tous les cinq ans, à un Roi d’été dont l’histoire enfiévrera la cité l’espace d’une année. Pour June Costa, la vie n’est qu’Art. Ses œuvres impressionnent ses professeurs autant que ses camarades. Elle rêve de remporter le prestigieux Trophée de la Reine. Un rêve qu’elle n’avait jamais remis en question.. jusqu’à ce qu’elle rencontre Enki. Fraîchement élu Roi d’été, Enki est le garçon dont tout le monde parle. Mais lorsque June le regarde, elle voit bien au-delà de ses fascinants yeux d’ambre et de sa samba ravageuse : elle reconnaît en lui un artiste total. Follement amoureuse, June décide alors de créer avec lui un chef-d’œuvre qui restera gravé à jamais dans les mémoires. Mais le temps leur est compté. Car, comme tous les Rois d’été qui l’ont précédé, Enki va devoir être sacrifié.  »

 

 

Mon avis :

Le monde dystopique est un univers inventé considéré comme la réalisation d’un idéal, mais où quelque chose dysfonctionne. La narration met en doute le bonheur apparemment présent. Le spectateur ou lecteur prends conscience que le monde rêvé est plus un cauchemars.

Dans un monde dystopique, l’univers doit être double : ici, tout d’abord il y a le monde des wakas, et de la population de Palmares Três, un monde où les gens sont gouvernés par des femmes et où tout écart de conduite est profondément mal vus. Et d’un autre côté, l’univers du parlement féminin où les femmes ne cautionnent pas un homme dans leurs affaires. Un contraste profond entre les deux univers est placés ici de façon à faire comprendre que ce soit les hommes où les femmes en place au gouvernent, il y aura toujours des imperfections, car nous sommes humains, malgré la quantité de technologie utilisés.

En parlant de technologie, l’univers dystopique est gouverné par celle-ci, pour combler les nombreuses lacunes humaines, mais finalement la technologie devient vite un asservissement, car les choses naturelles ne le sont plus, comme la mort qui est réglementée, et que les personnes n’entrent plus en contact entre eux, puisqu’ils sont des hologrammes. Comme le dirait le critique littéraire, Christian Godin, les dystopies sont des univers de  »perfection de cimetière » puisque le monde est froid et les gens s’enferment dans des sphères de plus en plus petites, et le monde devient de plus en plus individualiste. Le progrès est ici représenté de façon ambiguë, puisqu’il est là pour aider l’humain, mais nous voyons finalement qu’elle ne fait que le déshumaniser.

Le monde dystopique exprime une co-préscence collectif et un ou plusieurs individus qui développe un problème avec le collectif. Ici, ce sont les personnages principaux, June, Gil, son meilleur ami et Enki, qui ont tous trois des soucis avec le collectif du gouvernement féminin. Enki, le roi d’été, avant de mourir, souhaite faire bouger les mentalités, en entraînant Gil et June dans son sillage. La constante du genre de la dystopie : sous l’influence d’une femme, de l’amour, le personnage se révolte et prends en main son individualité. Le héros est alors comme un nouveau Prométhée, titan Grec, vole le feu des dieux et l’offre aux hommes. Symbole de la révolte contre l’autorité. Ici, c’est sous l’influence d’Enki, que June, se rend compte des nombreuses impuretés de son monde. Elle veut le changer, faire bousculer les mentalités, d’autant plus que sa famille est dans les plus hautes sphères du gouvernement.

Le conflit des héros contre la société est la source de l’action. La dystopie est donc plus dramatique ( action ) que l’utopie. Contrairement à l’utopie personne n’a de revendications, rien ne se passe. Comme le dit André Gide,  »le bonheur n’a pas d’histoire ».

Pour Christian Godin,  »l’utopie abolissait le héros avec l’individu dans les contres utopies en revanche, un individu isolé va se retrouver en état de dissidence sans l’avoir vraiment voulu. Cette résurrection du héros, que l’utopie ignorait rends possible une dramaturgie indispensable au sein d’un ordre totale prédéfinie et fonctionnel ».

Ainsi, le monde créer par Alaya Down Johnson, est donc un univers dystopique totalement cohérent, mais selon moi, l’auteur aurait dût plus expliquer les contradictions, les imperfections et les lignes rouges qu’elle a voulu développer.

 

Le personnage de June est une jeune fille très passionnée par l’art graphique et stylisé. Elle aime le côté anonyme mais exposé de l’art, et tente toujours de montrer ses œuvres dans une ville qui n’apprécie pas forcément les marques de démonstrations qui sortes de l’ordinaire. Mais lorsque le Roi d’été est élu, et qu’elle est dans la course pour le prix de la Reine récompensant le meilleur artiste, tout ces principes se retrouvent chamboulés. J’ai appréciée le fait que le personnage principal soit dans un moment de sa vie où tout change, mais je n’ai pas aimée le fait qu’elle utilise des moyens faux et artificiels pour y parvenir. Elle reconnaît ses erreurs, mais ne fait pourtant rien pour changer et c’est dommage.

Le personnage d’Enki, est vu sous deux jours différents ; premièrement sous le point de vu de June, la narratrice, qui est sous le charme de cet être qui se dévoue pour son pays. Elle aime sa passion pour la danse, qui s’allie parfaitement à son art futuriste. Mais elle ne le connaît pas vraiment, et n’arrive pas à le cerner, car le Roi d’été est froid et distant. Nous n’en apprenons que plus, lors des intermèdes où Enki prend la parole, et se livre un peu plus, mais là encore, pour un one-shot peu de choses sont révélés sur un personnage clés de l’histoire, et cela m’a manqué, les petits détails et les précisions.

 

Les personnages secondaires paradoxalement, ont beaucoup plus de sentiments que June, et ils gravitent autour d’elle comme pour lui faire comprendre qu’elle ne prend pas le bon chemin. J’ai ressenti beaucoup plus d’empathie pour eux que pour les deux personnages principaux.

 

Le style d’écriture est simple, dût à la narration à la première personne de June, qui est une waka, une novice dans le monde politique de Palamares Três. Mais parfois nous voyons poindre des idées philosophiques sur la justice ou l’art :  » Lorsque le monde est détruit, quelqu’un doit le recréer. Je crois que c’est ce qu’on appelle l’Art.  » ( p. 36 ) Ici, l’art est associée à la justice, en effet, comment créer un univers afin que la population se sente en sécurité, sans y mettre ce que l’on recherche dans l’art, c’est à dire la création et la recherche d’un idéal comme dans tout art.

Malgré tout, les descriptions ne sont pas totalement compréhensibles et certains décors ne sont pas évident à se visualiser. Les détails ne sont pas assez là pour aider le lecteur.

 

En conclusion, une dystopie qui est cohérente mais le trop peu d’explication laisse un goût d’inachevé. L’art à une jolie part mais pas tellement crédible avec le monde en place. Ces deux lignes rouges sont comme deux mondes un peu séparés au sein d’un même univers. De plus, l’action n’est pas répartie correctement dans le livre, qui nous donne une impression de montagne russe.

 

  • Points positifs : Une vision futuriste et technologique d’un monde qui est crédible, des réflexions sur l’art et la justice.

  • Points négatifs : Quelques petites précisions sur l’univers auraient été un plus, l’action n’intervient vraiment que dans la deuxième moitié du livre

 

 

L’auteur :

Diplômée en 2004 de l’université Columbia, Alaya Dawn Johnson est titulaire d’un master de langues et de culture asiatique. Elle à notamment passé plusieurs années au Japon avant de retourner vivre à New-York. Auteur de deux romans fantastiques pour adultes, Alaya a aussi apportée sa contribution à l’anthologie jeunes adultes  »Zombies contre licornes ». Elle se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture.

Source : Collection R

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7 réflexions sur “ »Le prince d’été » de Alaya Down Johnson

  1. Dommage qu’il manque des éléments, mais j’ai remarqué, dans les dystopies c’est souvent le cas… Surtout que ce livre là est un one shot, du coup il fallait sûrement tout condenser! Néanmoins, il me dit bien ^^

    • Je trouve aussi que dans la littérature YA l’univers est peu développé et c’est vraiment dommage, vu les idées des auteurs. Certaines dystopies non YA sont très complètes, je peux te conseiller  »Sauvagerie » de Ballard ou encore  »Le meilleur des mondes » de Huxley qui proposent des univers très complets et cohérent. Je les ai étudiées en cours, et adorée !
      J’espère qu’il te plaira plus qu’à moi =)

      • J’ai lu Le meilleur des mondes et c’est vrai que c’était un environnement très complet et j’avais vraiment beaucoup aimé ! Je note Sauvagerie, je ne connais pas du tout ! Merci 🙂

      • Je pense que je vais lire le t.2  »Retour au meilleur des mondes » qui pourra surement donner des réponses à ce premier tome.
         »Sauvagerie » exprime comment le luxe allier à la nouvelle technologie sans sentiments, incarne un monde futuriste et dystopique totalement cohérent qui fait froid dans le dos.

  2. Ah tiens, je pensais que tu accrocheras plus que cela ! Enfin que veux tu ma choupette, c’est ainsi 🙂 J’espère que tu as tout de même passé un bon moment, et que tu te consoleras bien vite avec un livre davantage à la hauteur de tes attentes 😀 Groooos bisous !!! ❤ ❤

    • Je pensais moi aussi, mais trop de points ont gênés ma lecture =( Ne t’en fais pas ma choupette, après m’être un peu essoufflée face au  »Visages » de Jesse Kellerman, je reprend doucement =) Gros zoubis à toi ma puce ❤

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