( cinéma ) L’homme qui rit de Jean-Pierre Améris :

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 »En pleine tourmente hivernale, Ursus, un forain haut en couleurs, recueille dans sa roulotte deux orphelins perdus dans la tempête : Gwynplaine, un jeune garçon marqué au visage par une cicatrice qui lui donne en permanence une sorte de rire, et Déa, une fillette aveugle.
Quelques années plus tard, ils sillonnent ensemble les routes et donnent un spectacle dont Gwynplaine, devenu adulte, est la vedette. Partout on veut voir ‘L’Homme qui rit’, il fait rire et émeut les foules. Ce succès ouvre au jeune h
omme les portes de la célébrité et de la richesse et l’éloigne des deux seuls êtres qui l’aient toujours aimé pour ce qu’il est : Déa et Ursus. »

1 prix ( le prix Claude Chabrol au Festival du film de Croisic 2012 ) et 6 nominations.

206 993 entrées

Cette adaptation cinématographique est la troisième, alors que l’œuvre éponyme d’Hugo avait reçu un accueil mitigé, lors de sa sortie en 1869.

Tim Bruton rêvait de l’adaptée, mais c’est finalement Jean-Pierre Améris qui s’y colle, avec un univers sombre et onirique, sur fond de voyage initiatique. « C’est un roman qui est situé au 17e siècle en Angleterre. Ce que je n’ai pas fait. J’ai tiré cette histoire vers le conte, vers la fable. C’est un roman qui est fait d’énormément de digressions philosophiques, historiques, poétiques. Moi, j’ai tout voulu recentrer sur ce personnage de Gwynplaine auquel je m’étais identifié adolescent. Cela part d’un enfant abandonné comme le Petit Poucet. On va le suivre, recueilli par un bon saltimbanque, puis devenant un acteur célèbre, puis découvrant qu’il était d’un milieu riche, changeant de classe sociale. »

Le fait de recentrer le récit sur le personnage de Gwynplaine est une volonté du réalisateur, afin de marquer plus précisément sa différence à évoluer dans un monde impitoyable, dans l’optique que tout adolescent puisse se retrouver en ce personnage.

Un univers onirique de conte de fée tragique :

Cet univers est tout à fait crédible selon moi, car on laisse de côté l’aspect d’un pays et d’une époque au profit de ce qui est exposé : la dénonciation des travers de l’homme par le conte de fée tragique.

Finalement, quelle que soit l’époque, l’homme n’a pas changé.« Je ne voulais pas que ça sonne trop contemporain, mais il ne fallait pas non plus que ça fasse grands dialogues historiques  » : le réalisateur expose ici son envie de rester dans un monde aux contours flous où toutes époques peut s’y adapter, où le spectateur peut s’immerger où bon lui semble, ce qui ressorts fortement par les décors et le maquillage. Les décors, tout d’abord, nous plongent dans un univers universel communs. Les personnages dits méchants sont incarnés par des couleurs froides et sombres, des formes pointus, au contraire des gentils, qui évoluent dans l’espace avec des gestes lents et aériens, des couleurs chaudes et légères. Le maquillage ensuite rends compte de la personnalité des personnages : la Cour est représentée par des perruques aux hauteurs vertigineuses, et du far d’une blancheur, qui contraste avec leur fausse sensibilité. La cicatrice de Gwynplaine est plus artistique que laide. En effet une véritable volonté de l’incorporer proprement au personnage, de lui donner une puissance onirique est rendue par le maquillage qui la met en valeur. En somme un monde de conte de fée.

Malgré tout, l’aspect social et historique y est tout de même dépeint, avec le monde du cirque et du théâtre de rue. Gwynplaine et les siens vont découvrir les liens qui unissent les artistes et les problèmes qu’ils rencontrent, ce que le personnage principal veux changer. Il souhaite un monde meilleur pour les générations futures…

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Thèmes d’actualité :

L’Homme qui rit, certes écrit au 19ème siècle, aborde tout de même des thèmes d’actualité, comme l’obsession de la beauté ou le chômage.

Dans la scène où Gwynplaine interpelle les parlementaires, il assène :  »C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches… » Ce qui me rappelle étrangement le fameux  »L’Enfer c’est les autres » de ce cher Sartre ! Nous sommes dans la même optique, une dénonciation de la vie humaine et des travers de l’homme.

Jean-Pierre Améris a gardé les mots de Victor Hugo :  »Il fait un discours, on dirait qu’il parle de notre société actuelle, de la crise actuelle. Jusqu’à dire l’épuisement des pauvres est horrible, le chômage partout.  Plein de spectateurs me disent : ‘Mais c’est vous qui a rajouté le mot chômage ?’ Alors qu’il est dans le livre ! J’ai même eu un doute. Je suis rentré chez moi, j’ai relu le livre pour être sûr que ce n’est pas moi ou le scénariste qui l’avons rajouté. Non, c’est dans le livre de Victor Hugo. »

Au travers de la Cour, le film dénonce la beauté comme laideur des valeurs. C’est à dire que les gens beaux, riches, sont dépourvus d’humanité, de sentiments, alors que les gens de basses conditions connaissent le regard des autres, les difficultés de la vie, mais surtout l’amour de son prochain. Nous pouvons penser que la vie est ici très manichéenne, mais les personnages sont tous abordés de tel sorte qu’une ambiguïté est présente en chacun d’eux, de manière plus ou moins forte. Mais est surtout présente dans le personnage de Gwynplaine, qui part l’amour que les spectateurs lui offre, le porte tellement aux nues qu’il va devenir plus faible, et baisser sa garde. Cette attrait de reconnaissance est très moderne, et fonctionne ici comme une fable à valeur morale. Cet aspect n’est pas pour autant fortement moralisateur, le spectateur peut se forger lui-même son opinion en fonction de l’exemple qui lui est présenté.

Le choix de Depardieu :

L’acteur démontre ici qu’il sait donner aux spectateurs, avec une forte présence et un physique qui dans un conte, rends compte de l’innocence des sentiments, et donne surtout échos à une paternité compliqué. En effet dans l’œuvre d’Hugo, Ursus est un bateleur érudit qui aime discourir, ce que l’acteur retiens surtout c’est une nuance de traits concernant la paternité qu’il module selon sa sensibilité d’humain.

De plus l’acteur à une volonté de faire connaître les textes classiques :  »Gérard a toujours eu la volonté de faire connaître les classiques, dit Jean-Pierre Améris, et je le rejoins là-dessus: pour moi, L’homme qui rit est une passion d’enfance que je rêve depuis longtemps de faire partager. »

Conclusion :

Bien que le texte de Victor Hugo est été écrit au 19eme siècle, Jean-Pierre Améris a réussi, selon moi, à s’accorder afin que tout spectateur puissent se retrouver dans l’univers développé.

Le personnage de Gwynplaine a fortement inspiré les scénaristes de  »Batman » pour le personnage du Joker.

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2 réflexions sur “( cinéma ) L’homme qui rit de Jean-Pierre Améris :

  1. Ce film me tente beaucoup, je suis très intriguée de voir cette adaptation. Mais, d’après ta critique, j’aurais tord de craindre de n’y voir qu’une version obsolète 🙂 Allez, on motive chéri, et on y va !

    • En effet, je pense que cette version là est résolument moderne ! Bien que je n’ai pas lu le livre ( je t’avouerai même jamais n’en avoir entendu parler ! ), je pense qu’il faut oublier le livre dans ce cas, et ce laisser porter par les images. Le tout est très bien rendu je trouve… Alors le chéri est motivé ? Dis moi, ce que tu en penses si tu vas le voir =)

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