Hamlet de Shakespeare :

Titre : La tragique histoire d’Hamlet, prince de Danemark

Titre original : The tragical history of Hamlet, prince of Danemark

Auteur : Shakespeare

Traduit de l’anglais par Jean-Michel Depras

Edition folio théâtre, 2004

 

Résumé :

 » Il s’agit de la plus longue et l’une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. La date exacte de composition n’est pas connue avec précision ; la première représentation se situe sûrement entre 1598 et 1601. Le texte fut publié en 1603. Le roi du Danemark est mort récemment ; son frère Claudius l’a remplacé comme roi, et moins d’un mois après avoir épousé Gertrude, la veuve de son frère. Le spectre du roi apparaît alors, et révèle, à son fils, qu’il a été tué par Claudius. Hamlet doit venger son père, et, pour mener à bien sa tâche, simule la folie. Mais il semble incapable d’agir, et, devant l’étrangeté de son comportement, l’on en vient à se demander dans quelle mesure il a conservé sa raison.  »

Mon avis :

J’ai depuis longtemps l’envie de me plonger dans l’immense œuvre de se maître de la littérature anglaise : Shakespeare. Et par un heureux hasard, cette année, pour mon cours d’histoire du théâtre, le programme s’articule autour de celui-ci !

J’ai donc commencée mon immersion avec  »Hamlet » et son fameux monologue  »être ou ne pas être ».

Ici Hamlet, notre personnage principal, est confronté à la mort de son père, mais également au remariage de sa mère, avec son oncle, Claudius. Ce dernier offense Hamlet, en l’accusant de  »ne pas souffrir en homme », sa mère même lui enjoue de remonter la pente au plus vite, puisque  »tout vivant doit mourir ». Mais lorsque le spectre du défunt roi apparaît, et expose les raisons de son assassinat, par son frère, Hamlet sait que plus aucun revirement ne sera possible, et qu’il est condamner à choisir entre la vengeance que lui demande son père, et celle de connaître réellement la vérité.

Il voue un dégoût et un mépris sans borne au comportement de sa mère, ce qui le conduit à un plaidoyer très virulent contre les femmes : pour lui elles rendent les hommes mauvais, car elles sont  »fourbes ». Le mariage est une farce, uniquement fait par intérêt.

Plus d’une fois, cette haine contre sa mère, l’emportera sur son amour pour la belle Ophélie, et à travers elle, il s’adressera à sa mère.

Il y a un premier thème que nous pouvons évoquer pour  »Hamlet », est que la mort y est présente de différente façon en tant que fil rouge de la pièce. Cette dernière est une réflexion sur la place de la mort dans la vie. Hamlet, à la fin du monologue  »être ou ne pas être », conclu que la mort n’est pas  »un pays lointain dont nul voyageur ne revient », mais qu’elle appartient à l’espace des vivants.

La mort est incarnée dès la scène 1, de l’acte 1, par le spectre du défunt père d’Hamlet, le Roi. Mais là encore, la présence d’un fantôme, donc de la mort, n’est pas perçu de la même façon pour tout le monde. Par exemple, Horacio, n’y croit pas et nomme le spectre :  »la chose », puisque c’est un érudit, il revient avec Hamlet d’ailleurs, de l’université de Wittenberg.

A l’époque de Shakespeare, le nouveau Testament paraît, et le Purgatoire n’y fait plus figure. Alors la croyance populaire voulait que si l’on voit un mort, se soit une hallucination ou une farce du Diable, c’est l’explication du fait qu’Horacio soit septique et qu’Hamlet, suite à la demande de vengeance de son père, mette 4 actes à prendre une décision.

Dans les monologues d’Hamlet nous le voyons hésiter et ne savoir quel parti prendre, accepter le possible retour d’un mort et se venger, ou ne rien faire au risque de laisser passer un acte punissable, en une forme de pouvoir pour le meurtrier : nous assistons au doute de sa pensée, et à ses réflexions sur la mort.

Dans son premier monologue ( acte 1, scène 2 ), Hamlet fait un éloge du suicide, en regrettant que la morale religieuse interdise cet acte. Il rêve de disparition, puisque la mort est envisagée comme lointaine. A ce moment-là, il pense que la vie et la mort sont deux choses fondamentalement séparées, ainsi il regrette d’être parmi les vivants.

Mais dans son second monologue ( acte 3 ), le fameux  »to be or not to be », il expose une évolution de sa pensée, par les images qu’il exprime. La mort est désormais envisagée comme un sommeil.

Et enfin dans son troisième monologue ( acte 5, scène 1 ), il réalise que la vie et la mort ne sont pas séparées, en regardant le crâne de Yorick. Ce qui lui fait comme un électrochoc, c’est lorsque le fossoyeur lui dit que le pourrissement du corps commence même lorsque l’on est en vie, donc la mort habite la vie. L’existence humaine est un mouvement sans fin, la vie et la mort sont mêlées et on ne peut les séparer, car la vie est une forme de mort recyclée qui à continuée à se transformer et est revenu sous une autre forme.

Hamlet ayant peur de tuer Claudius, l’assassin de son père, c’est après avoir compris que la mort n’est rien puisque mort et vie sont semblables qu’il peut tuer son oncle, et envisager sa propre mort.

Connaître et apprivoiser la mort sont donc deux propos de la pièce, en se confrontant avec elle, il la repense et peut ainsi punir les coupables, tout en ayant moins peur de la mort, puisqu’il sait désormais ce qu’elle est : une partie de la vie.

Nous pouvons explorer également le motif de la construction cyclique de l’œuvre : tout d’abord, le lieux où Shakespeare rédige cette pièce, puisqu’à son époque les productions théâtrales s’écrivaient à chaud, si je puis dire, sur le plateau, se nomme le Globe, qui est particulièrement révélatrice de l’esthétique de l’époque.

La pièce commence avec la mort du père d’Hamlet, qui revient vers les vivants, et elle se fini avec la mort d’Hamlet. Nous pouvons donc supposer que si l’œuvre continuait Hamlet reviendrait dans le monde des vivants. D’ailleurs est-ce anodin si le père et le fils se nomment Hamlet ?

Ensuite, Hamlet est placé en miroir avec Fortinbras, le fil du Roi de Norvège. Puisque leurs pères à tout deux sont morts, et qu’ils portent leurs prénom. Ce qui est une superposition de la vie et de la mort de façon cyclique.

Enfin le parcours d’Hamlet est lui même l’anamorphose, c’est à dire le reflet déformé, de celui d’Ophélie. Puisque pour comprendre la mort, notre personnage principal prends le masque de la folie, mais une folie théâtrale, qui le conduit à la mort. Ophélie, elle, à la mort de son père, devient vraiment folle et se suicide.

Ces anamorphoses sont typiques de l’esthétique Baroque, puisque nous pouvons citer également la présence de théâtre dans le théâtre, où va se rejouer l’assassinat du père d’Hamlet qui à déjà eu lieu. Cette répétition n’est pas insensée car c’est en représentant les choses, que l’on atteint la vérité.

Le dernier grand thème que nous pouvons citer est le parcours atypique du temps, dans cette pièce : en effet, la dramaturgie classique antique voulait qu’une pièce de théâtre commence au levé du soleil et que tout soit réglé à son couché.

Mais dans  »Hamlet » le temps est circulaire : comme le dit notre personnage principal dès l’acte 1  » le temps est sorti de ses rails  », puisqu’il y a l’intrusion du passé dans le présent, par la présence du spectre. Sa conséquence est la réflexion d’Hamlet, qui découvre que le monde des vivants se confond avec celui des morts.

Mais également par la présence de la première réplique de la pièce :  »Qui est là ? » qu’il faut comprendre au delà de l’intrigue : ici nous devons entendre de quoi est fait le monde, qui existe ici. La réponse nous est donné à l’acte 5, où Hamlet réalise que le monde est remplis des traces du passé. On envisage le monde comme un lieu dans lequel il n’y a pas d’objets ni de présence originel. Ce qui habite le présent est la représentation de quelque chose qui à déjà existé par le passé et qui revient avec la marque du fait qu’il a déjà servi dans un autre temps. La question adressé au lecteur est philosophique : qui habite le monde ?

En conclusion, j’ai vraiment beaucoup aimée cette pièce qui aborde des thèmes réalises ; tels que tenter de vivre après la perte d’un proche, quel part doit on donner à la vengeance, mais aussi comment accepter le nouveau mariage de sa mère. Mais également des thèmes plus philosophiques comme quelle place à la mort dans notre monde.

A travers Hamlet, c’est toute une réflexion qui est mené et nous amène nous aussi, lecteurs ou spectateurs, à nous poser ses questions.

Extrait :

 »[…] parce que je sais que l’amour est crée par le temps,

Et que je vois, sur des exemples avérés,

Que le temps en diminue l’étincelle et le feu.

Il y a dans la flamme même de l’amour

Une mèche qui charbonne et qui l’amoindrira ;

Rien ne garde à jamais la même perfection,

Car la perfection, croissant jusqu’au trop-plein,

Meurt de son propre excès.  » ( p. 285 – 287 ) Acte IV, scène VII

L’auteur :

Si son œuvre a traversé les siècles pour devenir un monument de la littérature universelle, l’histoire de Shakespeare semble condamnée à être écrite au conditionnel tant elle est sujette à controverse. Que de thèses échafaudées sur la véritable identité du dramaturge anglais, sur les pièces qu’il aurait écrites ou sur la vie qu’il a menée. Son existence même a été parfois remise en cause. Si la France a attendu le XXème siècle pour entendre une controverse sur la paternité des textes de Molière, Shakespeare voit sa légitimité remise en question dès le milieu du XIXème siècle au profit de Bacon, Marlowe, voire de la reine Elisabeth en personne.

William Shakespeare naît le 23 avril 1564 à Stratford-sur-Avon dans le comté de Warwick en Angleterre au sein d’une famille catholique. De sa jeunesse, on ne connaît que peu de choses, sinon qu’il fut certainement l’élève de l’école de Stratford.

En novembre 1582, William épouse Anne Hathaway, femme de huit ans son aînée et qui lui donne un enfant dès le mois de mai. Suivent des jumeaux en février 1585.

Puis, on perd la trace de Shakespeare pour longtemps. On ne sait quasiment rien de ses années de formations. L’hypothèse traditionnelle est que Shakespeare aurait quitté Stratford pour éviter les représailles d’un certain sir Thomas Lucy sur les terres duquel il aurait braconné. Il aurait alors rejoint Londres. Mais cette supposition repose surtout sur l’anecdote du délit de chasse de Falstaff dans Henry IV.

Toujours est-il qu’en 1592, la plume assassine du dramaturge Robert Greene rend compte de la présence de Shakespeare à Londres dans le milieu théâtral, dans un pamphlet nommé  » Un liard de malice  ». Pendant les dix années entre son mariage et ce fameux article, on ne sait rien de l’auteur : d’époux précoce à Stratford, il est devenu dramaturge et acteur reconnu sur la scène effervescente du théâtre élisabéthain. Mais la route qu’il a empruntée nous reste inconnue. C’est d’ailleurs un point qui alimente les thèses critiques sur l’identité de Shakespeare.

Il s’établit au Théâtre du Globe avec la compagnie des « Lord Chamberlain’s Men », dont il est l’un des sociétaires. La troupe prend le nom de leur protecteur Lord Chamberlain, alors censeur officiel des représentations théâtrales.

A défaut de connaître véritablement Shakespeare, on distingue quatre périodes dans ces œuvres. De 1590 à 1594,  il écrit des drames historiques et politiques tels que Henry VI et Richard III. La sagesse, l’harmonie des pouvoirs sont opposées aux désordres et injustices nés de l’ambition personnelle. Mais il écrit parallèlement quelques comédies.

Les œuvres de la période suivante, de 1594 à 1600, appartiennent à des registres proches. Ainsi le dramaturge écrit Henry IV mais aussi du Songe d’une nuit d’été, un exemple caractéristique des comédies au ton fantaisiste de l’époque. Mais Shakespeare y écrit aussi l’une de ses tragédies les plus connues : Roméo et Juliette.

A partir de 1600, les œuvres prennent un ton plus grave et sont empreintes de pessimisme. Mort, démesure, pour ne pas dire folie, sont en effet des thèmes récurrents de ces tragédies, qui sont désormais classées comme  »des pièces à problèmes.  »

En 1611, Shakespeare décide de se retirer du théâtre et de prendre sa retraite sur ses terres natales. Il s’éteint le 23 avril 1616 à l’âge de 52 ans, laissant derrière lui une œuvre impressionnante et un épitaphe explicite maudissant quiconque ouvrirait ou déplacerait sa tombe.

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7 réflexions sur “Hamlet de Shakespeare :

  1. Que voilà une belle chronique ! Détaillée et riche, tout pour nous permettre d’appréhender au mieux ce dont tu parles. Quoi qu’il en soit, tu m’as donné envie de me replonger dans Shakespeare, que j’ai trop longtemps délaissé !

    • Je dois avouer qu’avant de bosser dessus en théâtre, je n’avais lu que  »Roméo et Juliette », bien que voulait approfondir l’œuvre de l’auteur. Là, j’ai eu un petit topo, et de dois dire que je vais continuer ma découverte =)
      Qu’est-ce qui fait que  »Macbeth » est ta pièce préférée ? ( par curiosité =) )

      • J’ai eu l’occasion de l’étudier, la scène se déroule en Écosse en plein hiver et l’univers est assez sombre. Certains personnages sont vraiment étranges et Lady Macbeth est prise d’une folie assez effrayante. J’avais beaucoup apprécié étudier tous les petits détails et voir le film.

      • Ah déjà l’ambiance me plaît =) Ce côté sombre, effrayant, cachant de nombreux secrets ! Je ne savais même pas qu’un film avait été fait ! Ça me donne vraiment envie de le lire =)

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